La voyez-vous? Juste là, au centre de votre champ de vision. Projetée à une allure folle sur une ellipse serrée, à quelques dizaines d'années lumières de vous. Elle tourne, innocente, autour d'un petit soleil rouge.
Ellle, d'un côté brûlante, de l'autre glacée. Le miracle existe peut-être dans les marges tempérées. Deux gradients d'énergie, deux demi cercles jumeaux qui offrent cet éventail infini de températures propices.
Lui, petit nain immortel, teigneux à souhait, il la bombarde de ses rayons. Il joue également le rôle infâme de geôlier. Emprisonnant dans sa poigne toutes celles qui commirent l'imprudence de l'approcher.
Ils se font face sans fléchir, dans un synchronisme parfait, se mesurent en tournant l'un autour de l'autre. Le duel éclipse le temps et l'espace. Si vous les voyez, vous ne serez jamais que spectateurs.
La voyez-vous? Cette sphère impossible, symbole de l'infini, qui transforme d'un coup votre orgueil démesuré en poussière. Soudainement ridicules et mesquins, affligés de microscopisme.
30.9.10
27.9.10
Hors-série (2)
I1 est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
- Nicolas Boileau (1636-1711)
Quand les mots ne viennent pas...
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
- Nicolas Boileau (1636-1711)
Quand les mots ne viennent pas...
22.9.10
Le choix (2)
Les ballons multicolores flottent au-dessus de la foule en liesse. Des lanternes traditionnelles, fabriquées le matin même par toutes les jeunes filles de la ville, ornent les façades. Sous les porches les gens frappent sur tout ce qui s'approche d'un tambour. Le flot du défilé occupe toutes rues qui se dirigent vers la place du marché. L'odeur annonce en premier que nous y arrivons. Ce mélange de viande embrochée cuite sur la braise,des tonneaux de bière et de la bière elle-même, des légumes épicés, de tous les types de pain, de la sueur, de la joie, de la fête, l'effluve enivrant du Carnaval.
Ça virevolte de tous côtés. Ma tête tourbillonne en accord avec l'endroit. Un ami me verse un sceau d'eau glacée sur la tête. Je hurle. Tout le monde rit. Soudain je fige. Je la vois traverser la place au ralenti. Elle passe sur ma droite, trois quart dos, ses cheveux doux et libres autour de sa tête. Elle passe entre deux traiteurs qui la dévisagent ébahis. Les feux d'artifices éclatent à ce moment dans le ciel. Les applaudissements fusent. Elle s'arrête un instant pour lever les yeux vers le spectacle.
C'est à cet instant que le choix se présente à moi. Je pourrais crier son nom. Elle pourrait m'entendre et se retourner. Chercher dans la foule la source du son. Elle dénicherait peut-être mon visage dans le magma bouillant de fêtards. Elle se rappellerait sûrement cette soirée de tequila, de danse et de baisers, quelques nuits plus tôt. Peut-être qu'elle aussi me cherchait à chaque coin de rue, s'attendait à me voir pousser la porte du café ou à trébucher par mégarde sur sa séance de bronzage à la plage. Je pourrais crier son nom et j'irais à sa rencontre. Les yeux dans ses yeux. En flagrant délit de désir fou.
Je me dis tout ça hypnotisé, bêtement debout au milieu de la plus grosse fête de l'année. Et je sursaute violemment lorsqu'un inconnu surgit derrière elle et lui plante l'aiguille d'une seringue dans le cou. Le mouvement disparaît dans l'agitation globale. Personne ne remarque cette jolie fille probablement trop bourrée qu'un mec aide à regagner sa chambre. Ou pas. Je m'élance alors qu'ils disparaissent dans la masse. Je bouscule sans me retourner, ma tête ne tourne pas moins, mes idées sont toujours embrouillées, seul émerge le sentiment de danger, d'urgence de la retrouver. La folie me guette, je m'empêtre dans un labyrinthe mouvant et souple. Le chaos jovial qui règne efface le drame, les preuves, tout.
Je voulais crier son nom mais je rêvais. Je l'ai perdue. Je ne comprend plus rien. Une violente envie de vomir. Puis plus rien.
Ça virevolte de tous côtés. Ma tête tourbillonne en accord avec l'endroit. Un ami me verse un sceau d'eau glacée sur la tête. Je hurle. Tout le monde rit. Soudain je fige. Je la vois traverser la place au ralenti. Elle passe sur ma droite, trois quart dos, ses cheveux doux et libres autour de sa tête. Elle passe entre deux traiteurs qui la dévisagent ébahis. Les feux d'artifices éclatent à ce moment dans le ciel. Les applaudissements fusent. Elle s'arrête un instant pour lever les yeux vers le spectacle.
C'est à cet instant que le choix se présente à moi. Je pourrais crier son nom. Elle pourrait m'entendre et se retourner. Chercher dans la foule la source du son. Elle dénicherait peut-être mon visage dans le magma bouillant de fêtards. Elle se rappellerait sûrement cette soirée de tequila, de danse et de baisers, quelques nuits plus tôt. Peut-être qu'elle aussi me cherchait à chaque coin de rue, s'attendait à me voir pousser la porte du café ou à trébucher par mégarde sur sa séance de bronzage à la plage. Je pourrais crier son nom et j'irais à sa rencontre. Les yeux dans ses yeux. En flagrant délit de désir fou.
Je me dis tout ça hypnotisé, bêtement debout au milieu de la plus grosse fête de l'année. Et je sursaute violemment lorsqu'un inconnu surgit derrière elle et lui plante l'aiguille d'une seringue dans le cou. Le mouvement disparaît dans l'agitation globale. Personne ne remarque cette jolie fille probablement trop bourrée qu'un mec aide à regagner sa chambre. Ou pas. Je m'élance alors qu'ils disparaissent dans la masse. Je bouscule sans me retourner, ma tête ne tourne pas moins, mes idées sont toujours embrouillées, seul émerge le sentiment de danger, d'urgence de la retrouver. La folie me guette, je m'empêtre dans un labyrinthe mouvant et souple. Le chaos jovial qui règne efface le drame, les preuves, tout.
Je voulais crier son nom mais je rêvais. Je l'ai perdue. Je ne comprend plus rien. Une violente envie de vomir. Puis plus rien.
20.9.10
Comme un caribou
Chaque membre du règne animal se démarque par une caractéristique qui lui est propre: la taupe est aveugle, la carpe est muette, le renard est rusé, le cerf est noble, l'orignal a du panache, l'éléphant a peur des souris, le chat a neuf vies, le mulet est têtu, l'ours est fort, la pie est bavarde, le carcajou est un serial killer, bref la liste est longue. La parcourant avec attention, toutefois, un oeil attentif noterait un absent.
Le caribou était rejet. Il se faisait écoeurer à l'école par tout le monde. On lui criait des noms. Le reste du temps c'était l'exclusion, l'indifférence et parfois quelques baffes aussi. Même l'écureuil lui mordait les talons juste pour l'emmerder.
Ces circonstances malheureuses laissèrent, hélas, des marques profondes. L'animal tourmenté s'exila dans les plaines nordiques, résigné à y vivre dans une solitude austère. Une harde se constitua. Caribous jeunes et vieux, mâles et femelles, en marge d'un règne animal bourré de préjugés.
La harde devint imposante. Les bêtes en tirèrent un orgueil sans pareil. Par vengeance, le caribou se transforma en un être suffisant et dédaigneux. Il puisait dans cette force grégaire une sorte d'arrogance boudeuse qui lui permettait de rejeter à son tour l'ensemble de ses anciens persécuteurs.
Ceux qui, des années plus tard voulurent aller rencontrer le caribou pour s'excuser et prendre des nouvelles, et peut-être même boire un verre, se cognèrent à un animal canalisant toute sa fureur, et un abîme de tristesse, dans une grimace hideuse de mépris qu'il leur balançait sans gêne au visage. Les visiteurs faisaient alors demi-tour, blessés, frustrés, honteux.
Il y a de ces douleurs qui ne s'effacent pas, qui vous rongent et qui vous minent. Lorsque vous regardez un caribou en face, vous ne voyez que le mépris que vous lui inspirez. Ce que vous ne voyez pas, lorsque les sabots de la harde martèlent la toundra glacée, ce sont les larmes qui n'en finissent plus de couler. Et ce n'est pas juste le vent d'hiver dans les yeux.
Le caribou était rejet. Il se faisait écoeurer à l'école par tout le monde. On lui criait des noms. Le reste du temps c'était l'exclusion, l'indifférence et parfois quelques baffes aussi. Même l'écureuil lui mordait les talons juste pour l'emmerder.
Ces circonstances malheureuses laissèrent, hélas, des marques profondes. L'animal tourmenté s'exila dans les plaines nordiques, résigné à y vivre dans une solitude austère. Une harde se constitua. Caribous jeunes et vieux, mâles et femelles, en marge d'un règne animal bourré de préjugés.
La harde devint imposante. Les bêtes en tirèrent un orgueil sans pareil. Par vengeance, le caribou se transforma en un être suffisant et dédaigneux. Il puisait dans cette force grégaire une sorte d'arrogance boudeuse qui lui permettait de rejeter à son tour l'ensemble de ses anciens persécuteurs.
Ceux qui, des années plus tard voulurent aller rencontrer le caribou pour s'excuser et prendre des nouvelles, et peut-être même boire un verre, se cognèrent à un animal canalisant toute sa fureur, et un abîme de tristesse, dans une grimace hideuse de mépris qu'il leur balançait sans gêne au visage. Les visiteurs faisaient alors demi-tour, blessés, frustrés, honteux.
Il y a de ces douleurs qui ne s'effacent pas, qui vous rongent et qui vous minent. Lorsque vous regardez un caribou en face, vous ne voyez que le mépris que vous lui inspirez. Ce que vous ne voyez pas, lorsque les sabots de la harde martèlent la toundra glacée, ce sont les larmes qui n'en finissent plus de couler. Et ce n'est pas juste le vent d'hiver dans les yeux.
31.8.10
Galilée et la Syldavie
«Et pourtant, elle tourne!» Les oreilles des homme de la censure n'entendirent pas le sourd murmure du vieillard auquel ils venaient d'arracher l'âme. Condamnation à la prison, une autre en cette année de Dieu de 1633. On lui fit renier toute ses convictions scientifiques et qui sait quoi d'autre. Il avait 70 ans.
Et 376 ans plus tard, elle tourne toujours. Simplement beaucoup plus petite qu'avant. Montréal-Paris: 7 heures.
À 7 heures, quand j'étais petit et que je jouais dehors, avec mon frère, c'est à peu près le moment où on rentrait dans la maison. Les enfants ne regardent pas leur montre.
Dans ce carré de sable, j'apprenais des choses simples. École de la vie, aux dimensions modestes, 5 pieds par 5 pieds, peut-être. Puis le jardin de mon grand-père, où j'apprenais de celui-ci, 50 mètres par 50 mètres. Maintenant je suis grand et mon terrain de jeu n'a jamais cessé de s'agrandir. Aujourd'hui c'est la surface d'une sphère de 6378 km de rayon. J'ai le vertige juste à imaginer la quantité de choses simples que j'ignore encore.
Alors j'explore et j'apprends, vers tous les points cardinaux à la fois.
Tous ces endroits, tous ces gens, toutes ces Histoires, toute cette vie. Et soudain un sentiment d'urgence. Comment ne pas tout rater? Par où commencer? Chibougameau? Ah non, tiens pourquoi pas la Syldavie?
Maintenant je suis grand. Parmi les choses simples que j'ai apprise, il y a le respect d'un contrat. J'ai aussi appris à regarder ma montre. Je vois le temps s'écouler. Et je réalise que parmi les millions de choses dont j'ai envie, je devrai choisir seulement quelques unes...
Si le temps s'arrête, j'aurai le temps. Je m'acharne, je fixe la grande aiguille, je me concentre, je lui oppose ma volonté. Je fais même une petite prière...
et pourtant elle tourne...
Mais là où je veux vraiment en venir c'est à un instant précis, une trentaine de minutes avant une réunion de colocataires. Dans ces résidences étudiantes de ce pays lointain. Ils sont tous là d’ici, et moi d’ailleurs.
C'était une demi-heure avant la réunion. Mon repas terminé je regardais tranquillement la télévision dans le salon communautaire qui est également la salle à manger communautaire et la cuisine communautaire. C'est une très grande pièce. Et j'étais là, et j'en profitais pour observer ces jeunes de mon âge, qui vivent dans un autre pays, sur un autre continent et qui préparent un souper ensemble, et qui s'assoient ensemble à la table, et elle lui passe le sel, et il la remercie. Et ils parlent et ils rient, ils plaisantent, semblent heureux. Et je les observe, je ne comprends rien à leur langue mais en même temps je comprends tout ce qu'ils disent, parce que ce souper je l'ai déjà vécu plusieurs fois chez moi, à des milliers de kilomètres de là, et passes-moi le sel s'il-te-plaît, mais certainement, merci, et tu connais l'histoire du gars qui etc...
Je me demandais pourquoi voyager? Je crois qu'à cet instant, environs 15 minutes avant la réunion d'étage, avec ces jeunes de mon âge d'un autre continent qui rigolaient, j'ai aperçu une partie de la réponse. J'ai soudain eu la certitude que je pouvais avoir confiance en l'avenir, qu'à plusieurs autres endroits dans le monde, à cet instant précis, d'autres personnes s'attablaient avec un éclat de rire.
Que malgré toute la folie qui transpire autour, partout dans le monde il y a des gens comme moi qui aiment souper avec leur famille et leurs amis en paix, simplement et joyeusement, et que je peux avoir confiance en eux. Confiance en moi.
Et 376 ans plus tard, elle tourne toujours. Simplement beaucoup plus petite qu'avant. Montréal-Paris: 7 heures.
À 7 heures, quand j'étais petit et que je jouais dehors, avec mon frère, c'est à peu près le moment où on rentrait dans la maison. Les enfants ne regardent pas leur montre.
Dans ce carré de sable, j'apprenais des choses simples. École de la vie, aux dimensions modestes, 5 pieds par 5 pieds, peut-être. Puis le jardin de mon grand-père, où j'apprenais de celui-ci, 50 mètres par 50 mètres. Maintenant je suis grand et mon terrain de jeu n'a jamais cessé de s'agrandir. Aujourd'hui c'est la surface d'une sphère de 6378 km de rayon. J'ai le vertige juste à imaginer la quantité de choses simples que j'ignore encore.
Alors j'explore et j'apprends, vers tous les points cardinaux à la fois.
Tous ces endroits, tous ces gens, toutes ces Histoires, toute cette vie. Et soudain un sentiment d'urgence. Comment ne pas tout rater? Par où commencer? Chibougameau? Ah non, tiens pourquoi pas la Syldavie?
Maintenant je suis grand. Parmi les choses simples que j'ai apprise, il y a le respect d'un contrat. J'ai aussi appris à regarder ma montre. Je vois le temps s'écouler. Et je réalise que parmi les millions de choses dont j'ai envie, je devrai choisir seulement quelques unes...
Si le temps s'arrête, j'aurai le temps. Je m'acharne, je fixe la grande aiguille, je me concentre, je lui oppose ma volonté. Je fais même une petite prière...
et pourtant elle tourne...
Mais là où je veux vraiment en venir c'est à un instant précis, une trentaine de minutes avant une réunion de colocataires. Dans ces résidences étudiantes de ce pays lointain. Ils sont tous là d’ici, et moi d’ailleurs.
C'était une demi-heure avant la réunion. Mon repas terminé je regardais tranquillement la télévision dans le salon communautaire qui est également la salle à manger communautaire et la cuisine communautaire. C'est une très grande pièce. Et j'étais là, et j'en profitais pour observer ces jeunes de mon âge, qui vivent dans un autre pays, sur un autre continent et qui préparent un souper ensemble, et qui s'assoient ensemble à la table, et elle lui passe le sel, et il la remercie. Et ils parlent et ils rient, ils plaisantent, semblent heureux. Et je les observe, je ne comprends rien à leur langue mais en même temps je comprends tout ce qu'ils disent, parce que ce souper je l'ai déjà vécu plusieurs fois chez moi, à des milliers de kilomètres de là, et passes-moi le sel s'il-te-plaît, mais certainement, merci, et tu connais l'histoire du gars qui etc...
Je me demandais pourquoi voyager? Je crois qu'à cet instant, environs 15 minutes avant la réunion d'étage, avec ces jeunes de mon âge d'un autre continent qui rigolaient, j'ai aperçu une partie de la réponse. J'ai soudain eu la certitude que je pouvais avoir confiance en l'avenir, qu'à plusieurs autres endroits dans le monde, à cet instant précis, d'autres personnes s'attablaient avec un éclat de rire.
Que malgré toute la folie qui transpire autour, partout dans le monde il y a des gens comme moi qui aiment souper avec leur famille et leurs amis en paix, simplement et joyeusement, et que je peux avoir confiance en eux. Confiance en moi.
Le café
Assises à une table, près de la fenêtre, un après-midi d'automne, elles discutent:
- Le problème tu vois, c'est qu'il n'a rien dit. Il a simplement pris quelques trucs, le visage dur et fermé. Il n'a rien dit. Mais je voyais bien qu'il implosait. En silence. Le visage tellement dur et fermé. Ça me faisait un peu peur. Je n'ai pas osé parler non plus. Je me disais que si l'implosion s'inversait en explosion, ça créerait un ouragan qui blasterait tout. Lui, moi, l'appartement, nos souvenirs.
- Il aurait dit quoi d'après toi?
- À chaque fois que j'essaies d'imaginer, je n'entends jamais quelque chose de méchant ou chiant ou juste sournois, ou mesquin. Il aurait pu claquer la porte en disant qu'il part mais que je dois savoir qu'en fait on est quitte, mais que lui avait eu le cran de ne rien dire. Mais j'imagine toujours un mot triste. Presque gentil. Du genre c'est dommage, on s'aimait bien. Moi, je serais restée plantée là pendant une heure au moins, à essayer de reprendre mon souffle, juste à essayer de respirer. Mais il a rien dit. La face dure comme du granit et fermée à double-tour.
- Tu crois que ça aurait été vrai? Je veux dire, on peut pas être quitte dans ce genre de choses non? C'est pas rationnel, ça ne se calcule pas, ça ne se pèse pas. De toute façon il n'a pas fait ça. Pas lui. Les gars c'est des salauds, on le sait, mais des fois, y en a qui le sont moins. Et Sam, je me trompe pas quand je dis qu'il fait partie des moins pire. Non? Mais en même temps là, tu ne fais pas passer les filles pour tellement mieux...
- ...
- ...
- Tu veux un autre café?
- Un latte s'il te plaît.
Elle se lève et va au comptoir.
Son amie concentre son regard sur les voitures qui passent. Un autre drame. Un autre micro drame, qui gonfle soudainement d'une façon disproportionnée et éclipse toute la normalité fragile d'une vie lancée à 1000 miles à l'heure. Tout est tranquille et du jour au lendemain une fille et un gars sont éjectés dans la stratosphère. D'en haut ils désespèrent de tout le monde en bas qui s'en fouttent complètement. Le problème du micro drame, quand il gonfle, qu'il enfle comme une puck dans le front, c'est que le phénomène est trop localisé. Ça passe inaperçu. En même temps c'est un peu le salut des autres. Ça serait impensable de vivre Virginie puissance dix. Merde.
- Tu crois qu'il va revenir?
- Quoi?
- Sam, tu crois qu'il va revenir?
- Non, je ne crois pas. Merci pour le latte. Le coup du visage de pierre, ça ne pardonne pas. Tu peux être certaine même qu'il ne parlera plus jamais. Ça serait même étonnant que tu le croises par hasard.
- Fuck esti.
Elle pleure. En silence. Une larme à la fois, de chaque oeil, en alternance. Elles boivent le café lentement. Pour se consoler. Journée d'automne et de pluie fraîche qui lave la ville de ses drames, petits et grands, avec l'aide des amies et des cafés. Des feuilles emportées par le vent se heurtent aux bulles invisibles des montgolfières de toutes ces tragédies miniatures et futiles.
- Ouais, dommage.
- Le problème tu vois, c'est qu'il n'a rien dit. Il a simplement pris quelques trucs, le visage dur et fermé. Il n'a rien dit. Mais je voyais bien qu'il implosait. En silence. Le visage tellement dur et fermé. Ça me faisait un peu peur. Je n'ai pas osé parler non plus. Je me disais que si l'implosion s'inversait en explosion, ça créerait un ouragan qui blasterait tout. Lui, moi, l'appartement, nos souvenirs.
- Il aurait dit quoi d'après toi?
- À chaque fois que j'essaies d'imaginer, je n'entends jamais quelque chose de méchant ou chiant ou juste sournois, ou mesquin. Il aurait pu claquer la porte en disant qu'il part mais que je dois savoir qu'en fait on est quitte, mais que lui avait eu le cran de ne rien dire. Mais j'imagine toujours un mot triste. Presque gentil. Du genre c'est dommage, on s'aimait bien. Moi, je serais restée plantée là pendant une heure au moins, à essayer de reprendre mon souffle, juste à essayer de respirer. Mais il a rien dit. La face dure comme du granit et fermée à double-tour.
- Tu crois que ça aurait été vrai? Je veux dire, on peut pas être quitte dans ce genre de choses non? C'est pas rationnel, ça ne se calcule pas, ça ne se pèse pas. De toute façon il n'a pas fait ça. Pas lui. Les gars c'est des salauds, on le sait, mais des fois, y en a qui le sont moins. Et Sam, je me trompe pas quand je dis qu'il fait partie des moins pire. Non? Mais en même temps là, tu ne fais pas passer les filles pour tellement mieux...
- ...
- ...
- Tu veux un autre café?
- Un latte s'il te plaît.
Elle se lève et va au comptoir.
Son amie concentre son regard sur les voitures qui passent. Un autre drame. Un autre micro drame, qui gonfle soudainement d'une façon disproportionnée et éclipse toute la normalité fragile d'une vie lancée à 1000 miles à l'heure. Tout est tranquille et du jour au lendemain une fille et un gars sont éjectés dans la stratosphère. D'en haut ils désespèrent de tout le monde en bas qui s'en fouttent complètement. Le problème du micro drame, quand il gonfle, qu'il enfle comme une puck dans le front, c'est que le phénomène est trop localisé. Ça passe inaperçu. En même temps c'est un peu le salut des autres. Ça serait impensable de vivre Virginie puissance dix. Merde.
- Tu crois qu'il va revenir?
- Quoi?
- Sam, tu crois qu'il va revenir?
- Non, je ne crois pas. Merci pour le latte. Le coup du visage de pierre, ça ne pardonne pas. Tu peux être certaine même qu'il ne parlera plus jamais. Ça serait même étonnant que tu le croises par hasard.
- Fuck esti.
Elle pleure. En silence. Une larme à la fois, de chaque oeil, en alternance. Elles boivent le café lentement. Pour se consoler. Journée d'automne et de pluie fraîche qui lave la ville de ses drames, petits et grands, avec l'aide des amies et des cafés. Des feuilles emportées par le vent se heurtent aux bulles invisibles des montgolfières de toutes ces tragédies miniatures et futiles.
- Ouais, dommage.
26.8.10
La détresse
Les enfants de la misère
Étouffent manquent d'air
Craignent pour leur vie
Craignent pour leur vie
Les enfants de la noirceur
Souffrent peurs et terreurs
Victimes des barbares
Victimes des barbares
La lumière et le courage
Exilés aux lointains rivages
Du pessimisme populaire
De l'extrémisme vulgaire
Pleurent en silence
Pleurent en silence
Dans les tours de verre
Les barons de la guerre
Aiguisent leurs longues dents
Champagne et gants blancs
Maîtres de l'indifférence
Maîtres de l'ignorance
Étouffent manquent d'air
Craignent pour leur vie
Craignent pour leur vie
Les enfants de la noirceur
Souffrent peurs et terreurs
Victimes des barbares
Victimes des barbares
La lumière et le courage
Exilés aux lointains rivages
Du pessimisme populaire
De l'extrémisme vulgaire
Pleurent en silence
Pleurent en silence
Dans les tours de verre
Les barons de la guerre
Aiguisent leurs longues dents
Champagne et gants blancs
Maîtres de l'indifférence
Maîtres de l'ignorance
10.8.10
Étranges chemins 1
Nous décidâmes un jour de traverser le pays à bord de cette vieille Volvo qu'elle possédait depuis notre première rencontre. Lorsque les vacances arrivèrent, elle prépara nos bagages et notre itinéraire et je m'engageai dans la périlleuse aventure de la mise en ordre d'un véhicule au-delà de tout espoir raisonnable. Nous ne demandions que quelques ultimes milliers de kilomètres à la bagnole. Sans réelles économies à ma disposition, je dus me rabattre du côté de ces vieux mécanos du dimanche, qui vous vérifiaient un moteur à l'oreille (qu'ils affichaient presque sourde, pour la plupart) et le rafistolaient ensuite avec de la broche, un marteau et un fer à souder antique dans une arrière cour lugubre remplie de carcasses métalliques et de chiens errants. Les circonstances pointaient, d'entrée de jeu, vers un échec retentissant. Je constatai rapidement, abasourdi, que mes préjugés et mes vagues connaissances du monde automobile ne me permettaient pas de soupçonner que ces hommes barbouillés de cambouis s'adonnaient à une étonnante forme de magie. On leur apportait des engins, au moindre nid de poule prêts à rendre l'âme, qu'ils auscultaient un temps puis se transformaient soudainement en shaman de la ferraille. Monsieur Muffler? Le Docteur du pare-brise? De vulgaires amateurs, des charlatans même, tout juste bons à vous vider les poches. Rien à voir avec ce rituel auquel j'assistai incrédule, où l'homme fusionnait avec la machine, lui arrachant ses moindres défauts, secrets et cachés, où le sorcier s'affairait avec lenteur ici ou rapidité là. Je ne compris jamais ce qui se passa réellement ce jour-là sous le capot de la Volvo. Lorsqu'elle me vit arriver, à la fin du jour, l'éclat seul de mon regard suffit à lui signifier que toute question ne rencontrerait qu'un silence éberlué.
Le lendemain à l'aube, elle m'informa que notre voyage s'amorçait sur le chemin de St-Machin-des-Choses. Paraissait-il que le village abritait une maison de fous particulièrement musicale. Les habitants se rassemblaient à la cafétéria une fois par semaine pour écouter les envolées sonores des résidents dérangés. Plusieurs experts tentèrent en vain d'expliquer par quels phénomènes bio-psychologiques les lubies, les obsessions, les paranoïas, les fixations, les hallucinations et autres dérangements du bocal, s'accordaient soudainement vers midi et quart chaque jour de la semaine en cet endroit précis. De la cacophonie émergeait lentement un ordre et un rythme unique donnant un spectacle invraisemblable pour le plus grand bonheur du reste des villageois. L'entrée resta toujours gratuite, pour ne pas transformer les simples en phénomènes de foires. Nous assistâmes par la suite chaque année à une représentation et ce, jusqu'à ce que le dernier membre vivant du groupe décède au milieu d'un solo de bruits incongrus.
Mon étonnement s'accrut sans cesse à mesure qu'elle me dévoila les multiples destinations qui, reliées l'une à l'autre sur sa carte par un gros trait, composaient la ligne directrice de ce voyage. Jamais d'autoroutes, peu de grandes villes, beaucoup de campagnes, quelques forêts, des villages de pêcheurs, des villages de bûcherons, un village fantôme, un zoo, des ponts de fer, des ponts de pierre et des ponts de bois, un désert, une chaîne de montagne aux sommets blancs toute l'année, un champ de geysers, un glacier, une caverne avec des ombres sur le mur, mon pied sur la pédale des gaz, sa main dans ma main, les nuages qui défilaient paresseusement, l'un ressemblait à un alligator ou à une arbalète, l'autre évoquait les chapeaux de Cadet Rousselle ou ses trois chats.
À suivre...
Le lendemain à l'aube, elle m'informa que notre voyage s'amorçait sur le chemin de St-Machin-des-Choses. Paraissait-il que le village abritait une maison de fous particulièrement musicale. Les habitants se rassemblaient à la cafétéria une fois par semaine pour écouter les envolées sonores des résidents dérangés. Plusieurs experts tentèrent en vain d'expliquer par quels phénomènes bio-psychologiques les lubies, les obsessions, les paranoïas, les fixations, les hallucinations et autres dérangements du bocal, s'accordaient soudainement vers midi et quart chaque jour de la semaine en cet endroit précis. De la cacophonie émergeait lentement un ordre et un rythme unique donnant un spectacle invraisemblable pour le plus grand bonheur du reste des villageois. L'entrée resta toujours gratuite, pour ne pas transformer les simples en phénomènes de foires. Nous assistâmes par la suite chaque année à une représentation et ce, jusqu'à ce que le dernier membre vivant du groupe décède au milieu d'un solo de bruits incongrus.
Mon étonnement s'accrut sans cesse à mesure qu'elle me dévoila les multiples destinations qui, reliées l'une à l'autre sur sa carte par un gros trait, composaient la ligne directrice de ce voyage. Jamais d'autoroutes, peu de grandes villes, beaucoup de campagnes, quelques forêts, des villages de pêcheurs, des villages de bûcherons, un village fantôme, un zoo, des ponts de fer, des ponts de pierre et des ponts de bois, un désert, une chaîne de montagne aux sommets blancs toute l'année, un champ de geysers, un glacier, une caverne avec des ombres sur le mur, mon pied sur la pédale des gaz, sa main dans ma main, les nuages qui défilaient paresseusement, l'un ressemblait à un alligator ou à une arbalète, l'autre évoquait les chapeaux de Cadet Rousselle ou ses trois chats.
À suivre...
5.8.10
L'adieu
Les dernières tulipes meurent près de la grande balançoire sur laquelle oscille lentement le couple enlacé. Leurs visages sont tristes et graves. Le vent balaye les champs et soulève cendres et poussières.
- Pourquoi dois-tu partir?
- Mon pays m'y oblige, je suis désolé.
- Reste avec moi. S'il-te-plaît, je t'en supplie.
- Je ne peux pas. La Loi est claire, impossible à contourner.
- On te cacherais dans le foin de la grange. Je t'apporterais du lait le matin. Un morceau de viande le soir. Parfois un morceau de tarte aux bleuets.
- On finirait par l'apprendre. Quelqu'un me dénoncerait. Les mères de tes voisins ne supporteraient pas de savoir leurs fils partis et moi dans le foin. Ce serait trop injuste.
- Et si on allait vivre dans les bois? Au camp de chasse de mon père, près du Lac du Loup. Tu pêcherais de la truite à l'aube et je la ferais cuire avec les champignons que j'irais cueillir.
- Ce serait le plus bel été de ma vie. Mais l'hiver? Le froid nous tuerait.
- Tu te feras tuer aussi si tu pars!!
- ...
- ...
- Peut-être que oui, peut-être que non. Ce qui compte, c'est que toi, tu sois en vie. Si je restais, je finirais en prison. Exécuté au final, du plomb dans le coeur.
- Si dans tous les cas tu meurs, ne veux-tu pas le faire avec moi. Il y aurait la lumière dans les feuilles d'automne, nous nagerions dans le Lac du Loup. Puis le froid viendrait en décembre et nous nous coucherions dans la neige, ensemble, pour toujours.
- Ce serait certainement la plus belle des morts. Pourtant, j'aurais honte. Tous ceux que je connais partent. Qui suis-je pour me défiler?
- Et qui sont-ils pour imposer une telle chose aux gens?
- Cela semble cruel en effet... mais qu'arriverait-il si tout le monde se cachait dans les bois et les granges?
- ...
- ...
- Nous pourrions quitter la ville, la région, le pays. Nous irions nous réfugier en Scandinavie. Nous habiterions un petit appartement à Copenhague, ou à Uppsala. On boirait des cafés «latte» toute la journée et nous mangerions du hareng cru en sauce. L'été il ferai clair toujours, et les nuits d'hiver seraient interminables.
- Tu sais que je souhaite souvent que nos nuit ne se terminent pas. Tu sais très bien aussi que même en Scandinavie les hommes comme moi sont également recrutés. De toute façon nous serions interceptés à nos frontières. Plus personne n'entre ou ne sort désormais.
- Je ne veux pas que nous soyons séparés. Tu me manquerais trop, je ne le supporterais pas!
- Ne dis pas de telles choses!
- Emmène-moi avec toi! Je me déguiserai en homme, je parlerai avec une grosse voix, je serai rude et sans manières. Je ne me plaindrai jamais.
- Ça suffit! C'est trop dangereux. Tu ne peux pas imaginer les périls que ce voyage représente. Arrête de te torturer l'esprit. Tu sais que je dois le faire, que c'est la dernière juste cause de l'humanité. Je dois partir. Adieu. Je t'aime.
La trente-deuxième et dernière flotte de vaisseaux quitta la Terre le 8 septembre. Il était à bord. Ils ne se revirent jamais.
- Pourquoi dois-tu partir?
- Mon pays m'y oblige, je suis désolé.
- Reste avec moi. S'il-te-plaît, je t'en supplie.
- Je ne peux pas. La Loi est claire, impossible à contourner.
- On te cacherais dans le foin de la grange. Je t'apporterais du lait le matin. Un morceau de viande le soir. Parfois un morceau de tarte aux bleuets.
- On finirait par l'apprendre. Quelqu'un me dénoncerait. Les mères de tes voisins ne supporteraient pas de savoir leurs fils partis et moi dans le foin. Ce serait trop injuste.
- Et si on allait vivre dans les bois? Au camp de chasse de mon père, près du Lac du Loup. Tu pêcherais de la truite à l'aube et je la ferais cuire avec les champignons que j'irais cueillir.
- Ce serait le plus bel été de ma vie. Mais l'hiver? Le froid nous tuerait.
- Tu te feras tuer aussi si tu pars!!
- ...
- ...
- Peut-être que oui, peut-être que non. Ce qui compte, c'est que toi, tu sois en vie. Si je restais, je finirais en prison. Exécuté au final, du plomb dans le coeur.
- Si dans tous les cas tu meurs, ne veux-tu pas le faire avec moi. Il y aurait la lumière dans les feuilles d'automne, nous nagerions dans le Lac du Loup. Puis le froid viendrait en décembre et nous nous coucherions dans la neige, ensemble, pour toujours.
- Ce serait certainement la plus belle des morts. Pourtant, j'aurais honte. Tous ceux que je connais partent. Qui suis-je pour me défiler?
- Et qui sont-ils pour imposer une telle chose aux gens?
- Cela semble cruel en effet... mais qu'arriverait-il si tout le monde se cachait dans les bois et les granges?
- ...
- ...
- Nous pourrions quitter la ville, la région, le pays. Nous irions nous réfugier en Scandinavie. Nous habiterions un petit appartement à Copenhague, ou à Uppsala. On boirait des cafés «latte» toute la journée et nous mangerions du hareng cru en sauce. L'été il ferai clair toujours, et les nuits d'hiver seraient interminables.
- Tu sais que je souhaite souvent que nos nuit ne se terminent pas. Tu sais très bien aussi que même en Scandinavie les hommes comme moi sont également recrutés. De toute façon nous serions interceptés à nos frontières. Plus personne n'entre ou ne sort désormais.
- Je ne veux pas que nous soyons séparés. Tu me manquerais trop, je ne le supporterais pas!
- Ne dis pas de telles choses!
- Emmène-moi avec toi! Je me déguiserai en homme, je parlerai avec une grosse voix, je serai rude et sans manières. Je ne me plaindrai jamais.
- Ça suffit! C'est trop dangereux. Tu ne peux pas imaginer les périls que ce voyage représente. Arrête de te torturer l'esprit. Tu sais que je dois le faire, que c'est la dernière juste cause de l'humanité. Je dois partir. Adieu. Je t'aime.
La trente-deuxième et dernière flotte de vaisseaux quitta la Terre le 8 septembre. Il était à bord. Ils ne se revirent jamais.
27.7.10
St-Machin-des-Choses
Assis sur son siège safran, Sébastien siffle sans s'essouffler.
Claudia claque des claquettes et caquète en même temps.
Du duo mélomane émane la mélodie, l'amène amalgame.
Plusieurs spectateurs empressés s'expriment spontanément et remplissent l'air pareillement.
Cris et crachats s'accrochent en crescendo, décrassant corps et âmes.
Jérôme ajoute grand jargon et jurons enjoués.
Basile babille et braille bien des bruits bizarres.
Même Liliane élève le volume en une envolée de violentes louanges.
Et passent les anges par un après-midi banal de la Maison des Fous de St-Machin-des-Choses
Claudia claque des claquettes et caquète en même temps.
Du duo mélomane émane la mélodie, l'amène amalgame.
Plusieurs spectateurs empressés s'expriment spontanément et remplissent l'air pareillement.
Cris et crachats s'accrochent en crescendo, décrassant corps et âmes.
Jérôme ajoute grand jargon et jurons enjoués.
Basile babille et braille bien des bruits bizarres.
Même Liliane élève le volume en une envolée de violentes louanges.
Et passent les anges par un après-midi banal de la Maison des Fous de St-Machin-des-Choses
22.7.10
Ton sourire
Le bruit discret de la pluie sur le balcon me réveillait toujours bien avant toi. J'allais alors à la cuisine préparer le café et arranger quelques fruits. Le journal me distrayait en attendant que tu viennes me rejoindre. Tu souriais les matins de pluie. Le dimanche, je préparais des limonades glacées. De la fenêtre, je t'observais, étendue dans le hamac, un livre à la main. Les histoires se reflétaient dans tes traits. Ici la surprise, là une poursuite. Je suivais les aventures des personnages de Jules Vernes dont tu avais entrepris l'oeuvre. Le vent chaud de ces avant-midis d'août était sûrement semblable à celui ressenti par les naufragés de l'Île Mystérieuse. La glace dans la limonade pareille à celle recouvrant le pôle, scellant Némo sous elle. Et je me disais que les glaçons dans le verre, le vent dans les feuilles, le hamac qui se balance doucement s'inséraient dans notre histoire à nous. Une histoire belle et pure. Celle de tout le monde, celle d'un idéal romantique, à l'abri du béton, à l'abri du goudron.
14.7.10
Hors-série
J'ai découvert ça. Je suis renversé.
LA COMÈTE
Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit
Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n'entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent
Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douceur du silence d'un éternel repos, mais...
Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète
Comme la Lune est moqueuse quand elle s'empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais ne me quitte
Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
Ses rayons me transpercent et culminent en un point
Allument le feu partout où se trouve ma cuirasse
Et après mon passage il ne reste plus rien
Et dans la solitude de ce nouveau désert
J'aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l'univers
Que la joie est revenue et qu'elle reste à jamais... mais...
Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui le veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur
-André Fortin
LA COMÈTE
Comme le temps est pesant en mon âme escogriffe
Un grand ciel menaçant, un éclair qui me crie
Ton coeur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
Ne peut rien faire pour toi et tu es tout petit
Les nuages voyageurs font des dessins abstraits
Ils me parlent de bonheur que jamais je n'entends
Je pourrais faire comme eux et partir sans délai
Léger comme une poussière transporté par le vent
Et dans la solitude de ma danse aérienne
Le courage revenu, je trouverais les mots
Je réciterais sans cesse des prières pour que vienne
La douceur du silence d'un éternel repos, mais...
Épuisé que je suis je remets à plus tard
Le jour de mon départ pour une autre planète
Si seulement je pouvais étouffer mon cafard
Une voix chaude me dirait : tu brilles comme une comète
Comme la Lune est moqueuse quand elle s'empare du ciel
Elle me regarde aller comme une lampe de poursuite
Je voudrais la détruire ou me poser sur elle
Étourdi par son charme qui jamais ne me quitte
Je suis comme une loupe que le soleil embrasse
Ses rayons me transpercent et culminent en un point
Allument le feu partout où se trouve ma cuirasse
Et après mon passage il ne reste plus rien
Et dans la solitude de ce nouveau désert
J'aurais tout à construire pour accueillir la paix
Et tout mon temps aussi pour prévenir l'univers
Que la joie est revenue et qu'elle reste à jamais... mais...
Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui le veut de mon pays fictif
Le coeur plein de vertige et rongé par la peur
-André Fortin
12.7.10
Abstrait
L'univers en pleine floraison se marre un moment, puis la jaunisse et c'est finalement une colère bleue qui gèle la matière noire. Ils grelottent tous, même ceux de là-bas, se collent en un point pour y trouver chaleur et querelles quand, au summum du bordel, ça explose à nouveau pour tout recommencer. Je le sais, j'y étais. Sur un rayon de photons. Amplifié par des rebonds cohérents sur les miroirs de l'imaginaire. Un spectacle magnifique, surtout la grande cavalcade du début, suivi de quelques rebondissements fâcheux...
Petitesse et grandeur enlacées chevauchent à travers l'étendue ondoyante, zig-zaguent entre les ultra-violets, se jouent de l'électromagnétisme ambiant. Sur les rebords tranchants du temps, au risque de sombrer dans l'infini, l'escapade prend des airs d'épopée. Déserts sonores succèdent aux océans silencieux. Dans une grotte le feu, qui ne meurt pas, qui touche la voûte, qui protège. Faibles créatures, touchées par petitesse et grandeur enfantent ensuite à travers les âges petits et grands de tailles diverses ou incongrues. Mille fois mille ans et encore des milliards, les montagnes gelées translucides rabotent l'écorce du globe puis retournent aux pôles. L'acier hérisse tout, merveilleux métal, froid, implacable. Puis la faim arrive, rien ne pousse sur le champ de fer. Le feu se mêle aux U.V. et à la neige. La Lune embrase la Terre en cendre qui fond et coule jusqu'à la courbe extérieure de la galaxie qui, elle-même soudainement déséquilibrée, fractionne son ADN à répétition, mutant immédiatement en petits géraniums ionisés...
L'univers en pleine floraison...
Petitesse et grandeur enlacées chevauchent à travers l'étendue ondoyante, zig-zaguent entre les ultra-violets, se jouent de l'électromagnétisme ambiant. Sur les rebords tranchants du temps, au risque de sombrer dans l'infini, l'escapade prend des airs d'épopée. Déserts sonores succèdent aux océans silencieux. Dans une grotte le feu, qui ne meurt pas, qui touche la voûte, qui protège. Faibles créatures, touchées par petitesse et grandeur enfantent ensuite à travers les âges petits et grands de tailles diverses ou incongrues. Mille fois mille ans et encore des milliards, les montagnes gelées translucides rabotent l'écorce du globe puis retournent aux pôles. L'acier hérisse tout, merveilleux métal, froid, implacable. Puis la faim arrive, rien ne pousse sur le champ de fer. Le feu se mêle aux U.V. et à la neige. La Lune embrase la Terre en cendre qui fond et coule jusqu'à la courbe extérieure de la galaxie qui, elle-même soudainement déséquilibrée, fractionne son ADN à répétition, mutant immédiatement en petits géraniums ionisés...
L'univers en pleine floraison...
8.7.10
Le choix
Le front contre la vitre, il observe la bruine du jour gris. L'oeil morne, le dos courbé.
Le bruit du téléphone retentit. Il laisse sonner.
Elle ferme son portable. Il ne répond pas. Il ne répondra plus. Elle a gagné.
Un coup de vent retourne son parapluie. Elle le jette dans une poubelle alors que ses talons hauts claquent sur les marches qui descendent à la station de métro.
Un vagabond sort de sous un porche de l'église. S'avance, ramasse l'objet, le remet à l'endroit puis rejoint son abri. Satisfait, il débouche une canette qu'il vide de moitié en une gorgée. La condensation sur le cylindre rend le métal glissant, les doigts gourds échappent le contenant qui déverse le reste du liquide sur les pavés inégaux et crasseux.
La sombre silhouette longeant le mur s'écarte vivement pour éviter l'ivrogne rampant. Long manteau noir, chapeau incliné sur les yeux, les mains dans les poches, l'ombre traverse la rue d'un pas égal et s'engouffre ensuite dans un immeuble à logements décrépit.
La vieille sur sa berçante, concentrée sur un tricot confus, entend vaguement les pas dans le couloir, relève la tête au son de la porte du voisin qu'on fracasse d'un coup de botte expert et se demande si son appareil auditif déraille lorsque deux coups de feux claquent.
La porte arrachée de ses gonds ne lui soutire même pas un tressaillement. C'est une cible immobile et indifférente que deux balles de neuf millimètres traversent éclatant au passage sa cervelle et le verre de la fenêtre ensuite.
(à suivre)
Le bruit du téléphone retentit. Il laisse sonner.
Elle ferme son portable. Il ne répond pas. Il ne répondra plus. Elle a gagné.
Un coup de vent retourne son parapluie. Elle le jette dans une poubelle alors que ses talons hauts claquent sur les marches qui descendent à la station de métro.
Un vagabond sort de sous un porche de l'église. S'avance, ramasse l'objet, le remet à l'endroit puis rejoint son abri. Satisfait, il débouche une canette qu'il vide de moitié en une gorgée. La condensation sur le cylindre rend le métal glissant, les doigts gourds échappent le contenant qui déverse le reste du liquide sur les pavés inégaux et crasseux.
La sombre silhouette longeant le mur s'écarte vivement pour éviter l'ivrogne rampant. Long manteau noir, chapeau incliné sur les yeux, les mains dans les poches, l'ombre traverse la rue d'un pas égal et s'engouffre ensuite dans un immeuble à logements décrépit.
La vieille sur sa berçante, concentrée sur un tricot confus, entend vaguement les pas dans le couloir, relève la tête au son de la porte du voisin qu'on fracasse d'un coup de botte expert et se demande si son appareil auditif déraille lorsque deux coups de feux claquent.
La porte arrachée de ses gonds ne lui soutire même pas un tressaillement. C'est une cible immobile et indifférente que deux balles de neuf millimètres traversent éclatant au passage sa cervelle et le verre de la fenêtre ensuite.
(à suivre)
28.6.10
Le pêcheur
Le soleil descend entre deux montagnes, sa couleur affichant des teintes orangées et violette. Le vent se calme peu à peu, redonnant au lac son aspect de sombre miroir percé ici et là par des bouillons causés par les truites en chasse. Le pêcheur approche son canot d'une petite baie où des nénuphars en fleurs peuplent l'embouchure peu profonde d'un ruisseau au lit pierreux. Il y a comme un léger flottement, le temps est temporairement suspendu, il n'y a ni avant, ni après. L'évènement espéré se réalise soudainement. De longs éphémères beiges surgissent à la surface du lac. Ils agitent leurs ailes pour les sécher. Quelques uns tentent déjà de s'envoler. S'ils sont chanceux, les insectes se poseront peut-être sur la branche d'un des arbres entourant le lac. Sinon, ils se retrouveront dans l'estomac des petits oiseaux insectivores qui virevoltent déjà dans la baie ou dans celui des truites du lac. Ces dernières ont d'ailleurs rapidement repéré l'éclosion. Elles chassent les insectes avec une frénésie surprenante. Surgissant sous l'éphémère, pour le croquer, avec une telle vitesse qu'elle terminent leur course plusieurs centimètres au-dessus de l'eau.
Le pêcheur, devant ce spectacle, sait qu'il doit réagir rapidement. Il change d'abord la mouche au bout de sa ligne. Il y fixe une imitation de l'insecte qui se présente à la surface. Ses mains tremblent légèrement, l'oeillet de l'hameçon lui échappe deux fois. Il pousse un juron entre ses dents:
- «Voyons esti!»
Son noeud enfin terminé il commence à fouetter l'air avec sa canne. D'abord rapidement puis ralentissant le rythme à mesure que la longueur de la ligne en mouvement augmente. Une dernière poussée vers l'avant, le fil propulsé s'étend loin devant, dans les airs, le leurre se dépose ensuite doucement sur l'eau parmi les éphémères auxquels il ressemble en tous points. Quelques secondes s'écoulent et soudain:
«FLOUTCH!»
Un bouillon fait disparaître l'appât. La réaction du pêcheur est instantanée. La canne se dresse, la ligne se tend, la résistance se fait immédiatement sentir. La truite est prise au piège. Elle se débat vigoureusement, elle tente de s'éloigner vers les profondeurs. Rien n'y fait. Le pêcheur souriant ramène lentement sa ligne.
«FLOUTCH!»
Un balbuzard pêcheur surgit du ciel et saisi dans ses serres la truite épuisée au bout du fil qui se casse. L'homme abasourdi regarde le rapace s'éloigner avec grand bruit d'ailes vers son aire où il nourrira ses petits. Cette pêche s'annonce mouvementée!
Le pêcheur, devant ce spectacle, sait qu'il doit réagir rapidement. Il change d'abord la mouche au bout de sa ligne. Il y fixe une imitation de l'insecte qui se présente à la surface. Ses mains tremblent légèrement, l'oeillet de l'hameçon lui échappe deux fois. Il pousse un juron entre ses dents:
- «Voyons esti!»
Son noeud enfin terminé il commence à fouetter l'air avec sa canne. D'abord rapidement puis ralentissant le rythme à mesure que la longueur de la ligne en mouvement augmente. Une dernière poussée vers l'avant, le fil propulsé s'étend loin devant, dans les airs, le leurre se dépose ensuite doucement sur l'eau parmi les éphémères auxquels il ressemble en tous points. Quelques secondes s'écoulent et soudain:
«FLOUTCH!»
Un bouillon fait disparaître l'appât. La réaction du pêcheur est instantanée. La canne se dresse, la ligne se tend, la résistance se fait immédiatement sentir. La truite est prise au piège. Elle se débat vigoureusement, elle tente de s'éloigner vers les profondeurs. Rien n'y fait. Le pêcheur souriant ramène lentement sa ligne.
«FLOUTCH!»
Un balbuzard pêcheur surgit du ciel et saisi dans ses serres la truite épuisée au bout du fil qui se casse. L'homme abasourdi regarde le rapace s'éloigner avec grand bruit d'ailes vers son aire où il nourrira ses petits. Cette pêche s'annonce mouvementée!
19.6.10
Dédé
Soir de spectacle, il avance sur la scène et la foule scande son nom: «Dédé! Dédé! Dédé!»
Il accorde sa guitare, annonce un petit Baudelaire.
«Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.
II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère».
Je pense à Dédé, je pense à Baudelaire. Je regarde la ville, perché sur mon balcon.
Je mène une bonne vie, la vie est bonne avec moi. Il fait frais. Le ciel est bleu. Une légère
brise agite les feuilles vertes. Là-haut, la traînée blanche de l'avion s'effiloche tranquillement tout comme les songes qui déambulent paresseusement dans ma tête. Tableaux Parisiens, tableau de Montréal.
Il accorde sa guitare, annonce un petit Baudelaire.
«Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.
II est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
Car je serai plongé dans cette volupté
D'évoquer le Printemps avec ma volonté,
De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
De mes pensers brûlants une tiède atmosphère».
Je pense à Dédé, je pense à Baudelaire. Je regarde la ville, perché sur mon balcon.
Je mène une bonne vie, la vie est bonne avec moi. Il fait frais. Le ciel est bleu. Une légère
brise agite les feuilles vertes. Là-haut, la traînée blanche de l'avion s'effiloche tranquillement tout comme les songes qui déambulent paresseusement dans ma tête. Tableaux Parisiens, tableau de Montréal.
15.6.10
Le panache
Jeune orignal
Grand panache
Courtisan idéal
Devant femelle
En arrache
Forêt sublime
Vertes cimes
Denses fourrées
Entrelacs ligneux
Gênent monsieur
Bois contre
Bois emmêlés
Pas à pas
S'empêtre Ah!
Parade ridicule
Messieurs! Ne soyez pas bêtes!
Le panache sortira
la Belle des bois
De grâce...
N'allez pas vous y prendre!
Grand panache
Courtisan idéal
Devant femelle
En arrache
Forêt sublime
Vertes cimes
Denses fourrées
Entrelacs ligneux
Gênent monsieur
Bois contre
Bois emmêlés
Pas à pas
S'empêtre Ah!
Parade ridicule
Messieurs! Ne soyez pas bêtes!
Le panache sortira
la Belle des bois
De grâce...
N'allez pas vous y prendre!
8.6.10
L'échec
Les Éléments attendirent patiemment la création. Confiants et cruels.
Quelques milliards d'années s'écoulèrent. Et leur plan échoua.
Leurs victimes maîtrisèrent le feu, pour la destruction certes, mais aussi pour le progrès et pour survivre la nuit.
Ils construisirent d'immenses barrages sur les rivières, sillonnèrent les sept mers et sondèrent ses profondeurs.
Des avions parcoururent les cieux. à bord desquelles discutaient ensemble dans plusieurs langues en même temps, des gens sereins.
Les bonnes intentions de la Terre ne lui servirent pas à grand chose. De jour en jour ses cicatrices se creusèrent et se multiplièrent. Elle gardait obstinément confiance
Au sommet d'une tour de verre
les nouveaux maîtres de la terre
frottaient leurs mains blêmes
Quelques milliards d'années s'écoulèrent. Et leur plan échoua.
Leurs victimes maîtrisèrent le feu, pour la destruction certes, mais aussi pour le progrès et pour survivre la nuit.
Ils construisirent d'immenses barrages sur les rivières, sillonnèrent les sept mers et sondèrent ses profondeurs.
Des avions parcoururent les cieux. à bord desquelles discutaient ensemble dans plusieurs langues en même temps, des gens sereins.
Les bonnes intentions de la Terre ne lui servirent pas à grand chose. De jour en jour ses cicatrices se creusèrent et se multiplièrent. Elle gardait obstinément confiance
Au sommet d'une tour de verre
les nouveaux maîtres de la terre
frottaient leurs mains blêmes
31.5.10
Les éléments
Le feu, l'eau, l'air et la terre
Au sommet d'une tour de verre
Traçaient de sombres dessins
Des Hommes le noir destin
Feu:
À mon image, rageurs
Et de grands destructeurs
L'âme comme une braise ardente
La vie fragile la nuit tombante
Eau:
Ne pourront vivre sans moi
Esclaves toujours à ma recherche
Me trouveront même en terre sèche
Ça les tuera s'ils s'oublient dans mes bras
Air:
Aux actions imprévisibles
Aux pensées insaisissables
Parleront mille langues confuses
Pour les diviser voici ma ruse
Terre:
Des autres bêtes je serai la mère
Des humains je n'ai que faire
Ils auront néanmoins,
À l'abri en mon sein,
Avec moi la chance de faire le bien
Au sommet d'une tour de verre
Traçaient de sombres dessins
Des Hommes le noir destin
Feu:
À mon image, rageurs
Et de grands destructeurs
L'âme comme une braise ardente
La vie fragile la nuit tombante
Eau:
Ne pourront vivre sans moi
Esclaves toujours à ma recherche
Me trouveront même en terre sèche
Ça les tuera s'ils s'oublient dans mes bras
Air:
Aux actions imprévisibles
Aux pensées insaisissables
Parleront mille langues confuses
Pour les diviser voici ma ruse
Terre:
Des autres bêtes je serai la mère
Des humains je n'ai que faire
Ils auront néanmoins,
À l'abri en mon sein,
Avec moi la chance de faire le bien
24.5.10
Le bocal
Il y a la vitre et de l'autre côté de la vitre une femme par terre. Elle n'est plus vivante, la femme par terre, derrière la vitre. Moi, de mon côté de la vitre, je vois tout ce qui se passe de l'autre. Toujours.
Il y a cette vitre et derrière il s'est passé quelque chose. Je dois m'en souvenir. Derrière la vitre, la femme était debout. Elle cognait gentiement son doigt sur la paroi du bocal. Moi, ça m'énerve, mais elle, ça semble l'amuser. Mais ce n'est pas important. Je ne dois pas oublier l'essentiel. On me posera peut-être des questions. Derrière la vitre il y avait la femme, debout, qui cognait gentiement et derrière la femme il y avait ce type qu'elle n'avait pas entendu approcher. Derrière la vitre il y avait la femme debout, légèrement penchée vers moi, et derrière la femme, l'homme silencieux avc quelque chose de fou dans les yeux.
On me posera la question: «Qui a planté ce long couteau plusieurs fois dans le dos de cette femme?» Personne ne le sait. Moi je le sais. Derrière la vitre, j'ai vu ce type derrière la femme, les yeux d'un autre monde, un long couteau dans la main, frappant silencieusement.
Il est parti depuis quelque temps. Je dois retenir ce qui s'est passé. D'habitude j'oublie rapidement tout ce qui se passe derrière la vitre. J'ai le sentiment, cette fois, que cette femme par terre, qui n'est plus vivante, je devrais savoir pourquoi. Ah oui. C'est vrai. C'était ce type silencieux, les yeux fous, le long couteau et je le voyais approcher et lever le bras très haut derrière la femme penchée légèrement vers mon bocal pianotant doucement du doigt sur la vitre.
On me posera des questions. Je suis le seul à savoir. Mais c'est difficile de ne pas oublier pourquoi la femme par terre, à qui le long couteau et les yeux fous, les doigts sur la vitre.
Ah! Tiens! Une algue. J'aime les algues...
Il y a cette vitre et derrière il s'est passé quelque chose. Je dois m'en souvenir. Derrière la vitre, la femme était debout. Elle cognait gentiement son doigt sur la paroi du bocal. Moi, ça m'énerve, mais elle, ça semble l'amuser. Mais ce n'est pas important. Je ne dois pas oublier l'essentiel. On me posera peut-être des questions. Derrière la vitre il y avait la femme, debout, qui cognait gentiement et derrière la femme il y avait ce type qu'elle n'avait pas entendu approcher. Derrière la vitre il y avait la femme debout, légèrement penchée vers moi, et derrière la femme, l'homme silencieux avc quelque chose de fou dans les yeux.
On me posera la question: «Qui a planté ce long couteau plusieurs fois dans le dos de cette femme?» Personne ne le sait. Moi je le sais. Derrière la vitre, j'ai vu ce type derrière la femme, les yeux d'un autre monde, un long couteau dans la main, frappant silencieusement.
Il est parti depuis quelque temps. Je dois retenir ce qui s'est passé. D'habitude j'oublie rapidement tout ce qui se passe derrière la vitre. J'ai le sentiment, cette fois, que cette femme par terre, qui n'est plus vivante, je devrais savoir pourquoi. Ah oui. C'est vrai. C'était ce type silencieux, les yeux fous, le long couteau et je le voyais approcher et lever le bras très haut derrière la femme penchée légèrement vers mon bocal pianotant doucement du doigt sur la vitre.
On me posera des questions. Je suis le seul à savoir. Mais c'est difficile de ne pas oublier pourquoi la femme par terre, à qui le long couteau et les yeux fous, les doigts sur la vitre.
Ah! Tiens! Une algue. J'aime les algues...
16.5.10
La mer
Chaque jour, je voyage sur la mer immense. J’ignore depuis combien d’années. Je sais par contre que ma vue se fait moins perçante, que ma peau est devenue un cuir brun, sec et tanné par des vents capricieux et sans merci, que mes mains manquent parfois de force. Je sais que ma fin approche, que chaque jour, je navigue peut-être pour la dernière fois, que la mer avalera ma carcasse solitaire dans ses ondulations vertigineuses, qu’une tempête assombrira l’horizon pour la dernière fois. On n’échappe pas à la mer, ni à sa sœur, qui est la mort. Chaque jour, je voyage sur la mer immense. J’ignore depuis combien de saisons car elles n’existent pas ici. Il n’y a qu’un soleil excessif et impardonnable, il n’y a que des vents malicieux, il n’y a que des nuits glaciales et étoilées. Je trace un sillon éphémère, une ligne de vie fugace sur la surface de l’enfer. Chaque jour je voyage sur la mer immense et je n’ai pas peur, moi, touareg bleu, caravanier du désert, qu’elle et sa sœur me cueillent au sommet de cette dune paresseuse.
7.5.10
La fin, le début
C'est simple. Tel qu'annoncé, painchodanemark se termine.
J'annonce la nouvelle vocation de cet espace WEB:
Les histoires du lundi.
Chaque lundi, vous pourrez lire une petite histoire, à propos de n'importe quoi et peut-être même de rien. Juste ce qui peut être écrit le dimanche soir en + ou - 2 heures.
Que de l'imaginaire, l'actualité nous sature déjà de bord en bord. Juste écrire quelque chose, pour voir.
L'adresse va probablement ressembler à: www.histoiresdulundi.blogspot.com
à lundi...
2.5.10
Le futur
Comme vous savez, je suis de retour au Québec depuis quelques mois déjà. Cet espace Web est donc relativement désuet.
Sauf que j'aimerais bien l'exploiter encore. Autrement.
Des idées pour le futur de cette page?
30.1.10
Archibasiliques
Je reprends là où j'avais laissé. À Rome. Bref, Alex et moi on faisait comme les Romains, peinards, impressionnés par la ville, par tous ces monuments, par l'Histoire. Pas très impressionnés par contre par la saleté, les clochards, les quêteux. Mais ils reçoivent des sous. Les gens sont de bons chrétiens, charitables. Nous avons d'ailleurs visité de nombreuses églises. Malgré notre peu d'attachement au fait religieux, nous avons été impressionnés, et inspirés par tout ça. J'y consacrerai donc ces lignes.
Il y aura beaucoup de liens, cliquez dessus!
Ça s'est passé à peu près comme ça:
On est arrivé en Italie en fin d'après-midi. Je me fiais à Chabot, parce que je fonctionnait seulement au radar étant donné mes dernières 38 heures sans sommeil. Donc l'avion arrive à Fiumicino, à l'aéroport Leonardo da Vinci!! Rien de moins, c'était un italien.
Le lendemain, réveil à l'aube, pas vraiment, puis on chausse nos souliers pour marcher. Parce que des kilomètres, nous en avons enlignés des tas. On a pratiquement pas utilisé le transport en commun. Donc marche marche marche. Permier arrêt: Santa-Maria-Maggiore. Une des 4 Archibasiliques, construite vers l'an 356, la plus ancienne consacrée à la vierge Marie.
Façade de Santa-Maria-Maggiore
Comme les autres églises que nous visiterions par la suite, les dimensions de l'endroit, lorsqu'on passe la porte, sont étourdissantes. La largeur de l'allée principale, flanquée des hautes colonnes de pierre, les sculptures dans les chapelles latérales, les plafonds lointains mais richement ouvragés, l'imposant baldaquin, les dorures, autant de détails impensables qui donnèrent le ton à notre exploration de Rome.
On marchait sur un boulevard, je vois un escalier sur notre gauche qui monte vers un endroit hors de la vue. Ça me semble mystérieux et, vous le savez, je suis curieux.
L'escalier qui a attisé ma curiosité
Traversons la rue, escaladons les marches pour déboucher sur une petite plazza, où se trouve la Basilique de San Pietro in Vincoli - Saint-Pierre-Enchaîné. Le Pape Jules 2 y repose derrière une sculpture représentant Moïses faite par Michelangelo. Ce mec était un sculpteur du tonnerre. La ville est littéralement parsemée de ses oeuvres et il a contribué également à l'aménagement urbain et architectural de Rome.
L'endroit est modeste, sinon la façade à 5 arches et colonnes.
Mais quand même, ça valait le détour. Vous remarquerez que je n'ai pas d'images de l'intérieur des églises. Je trouvais ça inapproprié et irrespectueux de photographier à tout va un lieu de culte. J'observais les gens qui le faisaient, j'étais un peu dégoûté et très déçu de les voir manquer l'essentiel, de les voir sourds et aveugles au calme, au silence, au recueillement, à la beauté (très simple et minimale à cet endroit) d'un endroit construit vers l'an 435.
Observer, prendre le temps de voir les choses, imprimer des images sur sa rétine qui, transmises le long du nerf optique, aboutissent au centre de traitement des images, des sons, des odeurs, générateur d'émotions et bâtisseur de souvenirs granitiques.
Une image-son-odeur (sans le son et l'odeur, ça c'est mon trésor)
On est ensuite passé par le Colisée de Rome. J'en parlerai plus tard. Puis on a arpenté des rues, ziz-zagué dans des ruelles, examiné des vitrines, recherché des expériences gastronomiques (sans aboutir à rien faute d'être capable de se décider en incapables d'arrêter nos souliers de marcher). Se dirigeant au hasard nous tombons sur la Basilique Santi Quattro Coronati - Les quatre saints couronnés. L'endroit est demeuré inconnu pour moi jusqu'à aujourd'hui, mais en écrivant ces mots, je dois m'informer. Construite puis détruite puis reconstruite fortifiée vers 1116, elle abrite les cryptes de 4 martyrs anonymes.
L'endroit est d'un calme mélancolique
Il était début d'après-midi, nous avions déjà parcouru quelques km et visité 3 basiliques (dont une archi) sans nous presser, légers, sereins, amis et encore tant à découvrir...
12.1.10
Mise à jour
Il me reste encore quelques histoires à raconter ici. C'est que voyez-vous, depuis mon retour, j'ai dû réorganiser mon temps. Ça viendra sous peu.
Anyway je ne sais pas si quelqu'un viens encore lire ici...
comique
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