16.5.10

La mer

Chaque jour, je voyage sur la mer immense. J’ignore depuis combien d’années. Je sais par contre que ma vue se fait moins perçante, que ma peau est devenue un cuir brun, sec et tanné par des vents capricieux et sans merci, que mes mains manquent parfois de force. Je sais que ma fin approche, que chaque jour, je navigue peut-être pour la dernière fois, que la mer avalera ma carcasse solitaire dans ses ondulations vertigineuses, qu’une tempête assombrira l’horizon pour la dernière fois. On n’échappe pas à la mer, ni à sa sœur, qui est la mort. Chaque jour, je voyage sur la mer immense. J’ignore depuis combien de saisons car elles n’existent pas ici. Il n’y a qu’un soleil excessif et impardonnable, il n’y a que des vents malicieux, il n’y a que des nuits glaciales et étoilées. Je trace un sillon éphémère, une ligne de vie fugace sur la surface de l’enfer. Chaque jour je voyage sur la mer immense et je n’ai pas peur, moi, touareg bleu, caravanier du désert, qu’elle et sa sœur me cueillent au sommet de cette dune paresseuse.