Ils édifièrent des sociétés grandioses. Partout le long de la côte, de hautes flèches de verre s’élevaient vers les cieux, orangées le matin et roses le soir, presqu’invisibles dans la grisaille des jours pluvieux.
Seule l’élite du monde pouvait passer les murs des tours translucides et ainsi réunis ensemble, fiers et pleins d’orgueil, travaillant sans relâche à s’affranchir de la misère ambiante, les dents serrées, les poings fermés, ils préparaient le jour d’une conquête sans pitié.
Si bien que vint l’époque où les tours de cristal s’arrachèrent de la Terre pour s’élever dans les airs. Propulsées par des profits jamais vus, les cités flottaient au-dessus des contrées conquises. Ils s’approchaient des immenses baies vitrées pour jeter un coup d’oeil vers le sol et un frisson parcourait leur nuques. Ils se retournaient parfois vivement, une légère panique dans le regard, mais rapidement les beaux habits des collègues et le murmure de l’eau dans les fontaines de marbre les rassuraient doucement.
Ils retournaient alors rapidement vaquer à leurs occupations, bien décidés à s’élever par delà la nuages s’il le fallait pour ne plus subir la vision douloureuse de la misère rampante des vaincus. Penchés sur les tables de travail, dos aux fenêtres, ils ne remarquèrent que trop tard l’énorme masse noire qui se formait au loin.
Lorsque la tempête frappa, rien ne pu lui résister. Les sociétés furent écartelées et projetées vers la Terre. La panique souffla un moment puis les mesures d’urgence s’enclenchèrent. De clairvoyants architectes avaient préparé des systèmes d’atterrissage sophistiqués.
Un par un les parachutes se déployèrent. Leurs immenses toiles d’or résistaient sans peine à la tourmente. Les cités volantes, qui tantôt semblaient vouées à se fracasser au sol, descendirent plutôt doucement sous le regard horrifié du peuple qu’elles broyèrent en se posant.