Je me souviens bien de cette soirée là parce que, quand j'étais entré dans l'appartement, il y avait Jean Leloup qui chantait du Nelligan dans le système de son:
Comme la neige a neigéÇa donnait une ambiance un peu lourde en partant, quoique reflétant assez bien le temps morne et froid des derniers jours. Il faut aussi avouer que c'est une chanson géniale.
Ma vitre est un jardin givré
Tout l'ennui que j'ai, que j'ai, que j'ai
Pleurez oiseaux de février
Tous les étangs gisent gelés, gelés, gelés
Bref, je connaissais pas tout le monde mais ça me faisait plaisir de fêter mon frère. Je dois dire aussi que j'étais un peu tombé amoureux de son amie, vers la fin de l'été, à un beach party à la plage d'Oka. Je me disais que ça serait le bon soir pour lui parler plus et finalement, si les choses se passaient bien, lui proposer de se revoir pour boire un café. J'avais même parlé de mon plan au fêté, entre deux gorgées de bière. Je m'attendais à des encouragements mais il m'avait plutôt surpris en me déconseillant de sortir avec Rose. Elle avait une réputation de tête folle, pas une mauvais fille on s'entend, mais un peu trop influençable, prenait des décisions douteuses qui, au final, se trouvaient à faire plus de mal que de bien à elle et autour.
Je réfléchissais à ça dans un coin du salon quand la porte de l'appartement s'est ouverte en claquant dans le mur. Il était onze heures et cinq. Les convives, un peu surpris, ont tourné la tête pour essayer de deviner qui arrivait. Plutôt grand, froque de cuir noire détachée, pas de tuque, pas de foulard, pas de gants, avait pas l'air d'avoir froid pour cinq cennes et un je ne sais quoi de croche et menaçant dans les yeux.