«Et pourtant, elle tourne!» Les oreilles des homme de la censure n'entendirent pas le sourd murmure du vieillard auquel ils venaient d'arracher l'âme. Condamnation à la prison, une autre en cette année de Dieu de 1633. On lui fit renier toute ses convictions scientifiques et qui sait quoi d'autre. Il avait 70 ans.
Et 376 ans plus tard, elle tourne toujours. Simplement beaucoup plus petite qu'avant. Montréal-Paris: 7 heures.
À 7 heures, quand j'étais petit et que je jouais dehors, avec mon frère, c'est à peu près le moment où on rentrait dans la maison. Les enfants ne regardent pas leur montre.
Dans ce carré de sable, j'apprenais des choses simples. École de la vie, aux dimensions modestes, 5 pieds par 5 pieds, peut-être. Puis le jardin de mon grand-père, où j'apprenais de celui-ci, 50 mètres par 50 mètres. Maintenant je suis grand et mon terrain de jeu n'a jamais cessé de s'agrandir. Aujourd'hui c'est la surface d'une sphère de 6378 km de rayon. J'ai le vertige juste à imaginer la quantité de choses simples que j'ignore encore.
Alors j'explore et j'apprends, vers tous les points cardinaux à la fois.
Tous ces endroits, tous ces gens, toutes ces Histoires, toute cette vie. Et soudain un sentiment d'urgence. Comment ne pas tout rater? Par où commencer? Chibougameau? Ah non, tiens pourquoi pas la Syldavie?
Maintenant je suis grand. Parmi les choses simples que j'ai apprise, il y a le respect d'un contrat. J'ai aussi appris à regarder ma montre. Je vois le temps s'écouler. Et je réalise que parmi les millions de choses dont j'ai envie, je devrai choisir seulement quelques unes...
Si le temps s'arrête, j'aurai le temps. Je m'acharne, je fixe la grande aiguille, je me concentre, je lui oppose ma volonté. Je fais même une petite prière...
et pourtant elle tourne...
Mais là où je veux vraiment en venir c'est à un instant précis, une trentaine de minutes avant une réunion de colocataires. Dans ces résidences étudiantes de ce pays lointain. Ils sont tous là d’ici, et moi d’ailleurs.
C'était une demi-heure avant la réunion. Mon repas terminé je regardais tranquillement la télévision dans le salon communautaire qui est également la salle à manger communautaire et la cuisine communautaire. C'est une très grande pièce. Et j'étais là, et j'en profitais pour observer ces jeunes de mon âge, qui vivent dans un autre pays, sur un autre continent et qui préparent un souper ensemble, et qui s'assoient ensemble à la table, et elle lui passe le sel, et il la remercie. Et ils parlent et ils rient, ils plaisantent, semblent heureux. Et je les observe, je ne comprends rien à leur langue mais en même temps je comprends tout ce qu'ils disent, parce que ce souper je l'ai déjà vécu plusieurs fois chez moi, à des milliers de kilomètres de là, et passes-moi le sel s'il-te-plaît, mais certainement, merci, et tu connais l'histoire du gars qui etc...
Je me demandais pourquoi voyager? Je crois qu'à cet instant, environs 15 minutes avant la réunion d'étage, avec ces jeunes de mon âge d'un autre continent qui rigolaient, j'ai aperçu une partie de la réponse. J'ai soudain eu la certitude que je pouvais avoir confiance en l'avenir, qu'à plusieurs autres endroits dans le monde, à cet instant précis, d'autres personnes s'attablaient avec un éclat de rire.
Que malgré toute la folie qui transpire autour, partout dans le monde il y a des gens comme moi qui aiment souper avec leur famille et leurs amis en paix, simplement et joyeusement, et que je peux avoir confiance en eux. Confiance en moi.
31.8.10
Le café
Assises à une table, près de la fenêtre, un après-midi d'automne, elles discutent:
- Le problème tu vois, c'est qu'il n'a rien dit. Il a simplement pris quelques trucs, le visage dur et fermé. Il n'a rien dit. Mais je voyais bien qu'il implosait. En silence. Le visage tellement dur et fermé. Ça me faisait un peu peur. Je n'ai pas osé parler non plus. Je me disais que si l'implosion s'inversait en explosion, ça créerait un ouragan qui blasterait tout. Lui, moi, l'appartement, nos souvenirs.
- Il aurait dit quoi d'après toi?
- À chaque fois que j'essaies d'imaginer, je n'entends jamais quelque chose de méchant ou chiant ou juste sournois, ou mesquin. Il aurait pu claquer la porte en disant qu'il part mais que je dois savoir qu'en fait on est quitte, mais que lui avait eu le cran de ne rien dire. Mais j'imagine toujours un mot triste. Presque gentil. Du genre c'est dommage, on s'aimait bien. Moi, je serais restée plantée là pendant une heure au moins, à essayer de reprendre mon souffle, juste à essayer de respirer. Mais il a rien dit. La face dure comme du granit et fermée à double-tour.
- Tu crois que ça aurait été vrai? Je veux dire, on peut pas être quitte dans ce genre de choses non? C'est pas rationnel, ça ne se calcule pas, ça ne se pèse pas. De toute façon il n'a pas fait ça. Pas lui. Les gars c'est des salauds, on le sait, mais des fois, y en a qui le sont moins. Et Sam, je me trompe pas quand je dis qu'il fait partie des moins pire. Non? Mais en même temps là, tu ne fais pas passer les filles pour tellement mieux...
- ...
- ...
- Tu veux un autre café?
- Un latte s'il te plaît.
Elle se lève et va au comptoir.
Son amie concentre son regard sur les voitures qui passent. Un autre drame. Un autre micro drame, qui gonfle soudainement d'une façon disproportionnée et éclipse toute la normalité fragile d'une vie lancée à 1000 miles à l'heure. Tout est tranquille et du jour au lendemain une fille et un gars sont éjectés dans la stratosphère. D'en haut ils désespèrent de tout le monde en bas qui s'en fouttent complètement. Le problème du micro drame, quand il gonfle, qu'il enfle comme une puck dans le front, c'est que le phénomène est trop localisé. Ça passe inaperçu. En même temps c'est un peu le salut des autres. Ça serait impensable de vivre Virginie puissance dix. Merde.
- Tu crois qu'il va revenir?
- Quoi?
- Sam, tu crois qu'il va revenir?
- Non, je ne crois pas. Merci pour le latte. Le coup du visage de pierre, ça ne pardonne pas. Tu peux être certaine même qu'il ne parlera plus jamais. Ça serait même étonnant que tu le croises par hasard.
- Fuck esti.
Elle pleure. En silence. Une larme à la fois, de chaque oeil, en alternance. Elles boivent le café lentement. Pour se consoler. Journée d'automne et de pluie fraîche qui lave la ville de ses drames, petits et grands, avec l'aide des amies et des cafés. Des feuilles emportées par le vent se heurtent aux bulles invisibles des montgolfières de toutes ces tragédies miniatures et futiles.
- Ouais, dommage.
- Le problème tu vois, c'est qu'il n'a rien dit. Il a simplement pris quelques trucs, le visage dur et fermé. Il n'a rien dit. Mais je voyais bien qu'il implosait. En silence. Le visage tellement dur et fermé. Ça me faisait un peu peur. Je n'ai pas osé parler non plus. Je me disais que si l'implosion s'inversait en explosion, ça créerait un ouragan qui blasterait tout. Lui, moi, l'appartement, nos souvenirs.
- Il aurait dit quoi d'après toi?
- À chaque fois que j'essaies d'imaginer, je n'entends jamais quelque chose de méchant ou chiant ou juste sournois, ou mesquin. Il aurait pu claquer la porte en disant qu'il part mais que je dois savoir qu'en fait on est quitte, mais que lui avait eu le cran de ne rien dire. Mais j'imagine toujours un mot triste. Presque gentil. Du genre c'est dommage, on s'aimait bien. Moi, je serais restée plantée là pendant une heure au moins, à essayer de reprendre mon souffle, juste à essayer de respirer. Mais il a rien dit. La face dure comme du granit et fermée à double-tour.
- Tu crois que ça aurait été vrai? Je veux dire, on peut pas être quitte dans ce genre de choses non? C'est pas rationnel, ça ne se calcule pas, ça ne se pèse pas. De toute façon il n'a pas fait ça. Pas lui. Les gars c'est des salauds, on le sait, mais des fois, y en a qui le sont moins. Et Sam, je me trompe pas quand je dis qu'il fait partie des moins pire. Non? Mais en même temps là, tu ne fais pas passer les filles pour tellement mieux...
- ...
- ...
- Tu veux un autre café?
- Un latte s'il te plaît.
Elle se lève et va au comptoir.
Son amie concentre son regard sur les voitures qui passent. Un autre drame. Un autre micro drame, qui gonfle soudainement d'une façon disproportionnée et éclipse toute la normalité fragile d'une vie lancée à 1000 miles à l'heure. Tout est tranquille et du jour au lendemain une fille et un gars sont éjectés dans la stratosphère. D'en haut ils désespèrent de tout le monde en bas qui s'en fouttent complètement. Le problème du micro drame, quand il gonfle, qu'il enfle comme une puck dans le front, c'est que le phénomène est trop localisé. Ça passe inaperçu. En même temps c'est un peu le salut des autres. Ça serait impensable de vivre Virginie puissance dix. Merde.
- Tu crois qu'il va revenir?
- Quoi?
- Sam, tu crois qu'il va revenir?
- Non, je ne crois pas. Merci pour le latte. Le coup du visage de pierre, ça ne pardonne pas. Tu peux être certaine même qu'il ne parlera plus jamais. Ça serait même étonnant que tu le croises par hasard.
- Fuck esti.
Elle pleure. En silence. Une larme à la fois, de chaque oeil, en alternance. Elles boivent le café lentement. Pour se consoler. Journée d'automne et de pluie fraîche qui lave la ville de ses drames, petits et grands, avec l'aide des amies et des cafés. Des feuilles emportées par le vent se heurtent aux bulles invisibles des montgolfières de toutes ces tragédies miniatures et futiles.
- Ouais, dommage.
26.8.10
La détresse
Les enfants de la misère
Étouffent manquent d'air
Craignent pour leur vie
Craignent pour leur vie
Les enfants de la noirceur
Souffrent peurs et terreurs
Victimes des barbares
Victimes des barbares
La lumière et le courage
Exilés aux lointains rivages
Du pessimisme populaire
De l'extrémisme vulgaire
Pleurent en silence
Pleurent en silence
Dans les tours de verre
Les barons de la guerre
Aiguisent leurs longues dents
Champagne et gants blancs
Maîtres de l'indifférence
Maîtres de l'ignorance
Étouffent manquent d'air
Craignent pour leur vie
Craignent pour leur vie
Les enfants de la noirceur
Souffrent peurs et terreurs
Victimes des barbares
Victimes des barbares
La lumière et le courage
Exilés aux lointains rivages
Du pessimisme populaire
De l'extrémisme vulgaire
Pleurent en silence
Pleurent en silence
Dans les tours de verre
Les barons de la guerre
Aiguisent leurs longues dents
Champagne et gants blancs
Maîtres de l'indifférence
Maîtres de l'ignorance
10.8.10
Étranges chemins 1
Nous décidâmes un jour de traverser le pays à bord de cette vieille Volvo qu'elle possédait depuis notre première rencontre. Lorsque les vacances arrivèrent, elle prépara nos bagages et notre itinéraire et je m'engageai dans la périlleuse aventure de la mise en ordre d'un véhicule au-delà de tout espoir raisonnable. Nous ne demandions que quelques ultimes milliers de kilomètres à la bagnole. Sans réelles économies à ma disposition, je dus me rabattre du côté de ces vieux mécanos du dimanche, qui vous vérifiaient un moteur à l'oreille (qu'ils affichaient presque sourde, pour la plupart) et le rafistolaient ensuite avec de la broche, un marteau et un fer à souder antique dans une arrière cour lugubre remplie de carcasses métalliques et de chiens errants. Les circonstances pointaient, d'entrée de jeu, vers un échec retentissant. Je constatai rapidement, abasourdi, que mes préjugés et mes vagues connaissances du monde automobile ne me permettaient pas de soupçonner que ces hommes barbouillés de cambouis s'adonnaient à une étonnante forme de magie. On leur apportait des engins, au moindre nid de poule prêts à rendre l'âme, qu'ils auscultaient un temps puis se transformaient soudainement en shaman de la ferraille. Monsieur Muffler? Le Docteur du pare-brise? De vulgaires amateurs, des charlatans même, tout juste bons à vous vider les poches. Rien à voir avec ce rituel auquel j'assistai incrédule, où l'homme fusionnait avec la machine, lui arrachant ses moindres défauts, secrets et cachés, où le sorcier s'affairait avec lenteur ici ou rapidité là. Je ne compris jamais ce qui se passa réellement ce jour-là sous le capot de la Volvo. Lorsqu'elle me vit arriver, à la fin du jour, l'éclat seul de mon regard suffit à lui signifier que toute question ne rencontrerait qu'un silence éberlué.
Le lendemain à l'aube, elle m'informa que notre voyage s'amorçait sur le chemin de St-Machin-des-Choses. Paraissait-il que le village abritait une maison de fous particulièrement musicale. Les habitants se rassemblaient à la cafétéria une fois par semaine pour écouter les envolées sonores des résidents dérangés. Plusieurs experts tentèrent en vain d'expliquer par quels phénomènes bio-psychologiques les lubies, les obsessions, les paranoïas, les fixations, les hallucinations et autres dérangements du bocal, s'accordaient soudainement vers midi et quart chaque jour de la semaine en cet endroit précis. De la cacophonie émergeait lentement un ordre et un rythme unique donnant un spectacle invraisemblable pour le plus grand bonheur du reste des villageois. L'entrée resta toujours gratuite, pour ne pas transformer les simples en phénomènes de foires. Nous assistâmes par la suite chaque année à une représentation et ce, jusqu'à ce que le dernier membre vivant du groupe décède au milieu d'un solo de bruits incongrus.
Mon étonnement s'accrut sans cesse à mesure qu'elle me dévoila les multiples destinations qui, reliées l'une à l'autre sur sa carte par un gros trait, composaient la ligne directrice de ce voyage. Jamais d'autoroutes, peu de grandes villes, beaucoup de campagnes, quelques forêts, des villages de pêcheurs, des villages de bûcherons, un village fantôme, un zoo, des ponts de fer, des ponts de pierre et des ponts de bois, un désert, une chaîne de montagne aux sommets blancs toute l'année, un champ de geysers, un glacier, une caverne avec des ombres sur le mur, mon pied sur la pédale des gaz, sa main dans ma main, les nuages qui défilaient paresseusement, l'un ressemblait à un alligator ou à une arbalète, l'autre évoquait les chapeaux de Cadet Rousselle ou ses trois chats.
À suivre...
Le lendemain à l'aube, elle m'informa que notre voyage s'amorçait sur le chemin de St-Machin-des-Choses. Paraissait-il que le village abritait une maison de fous particulièrement musicale. Les habitants se rassemblaient à la cafétéria une fois par semaine pour écouter les envolées sonores des résidents dérangés. Plusieurs experts tentèrent en vain d'expliquer par quels phénomènes bio-psychologiques les lubies, les obsessions, les paranoïas, les fixations, les hallucinations et autres dérangements du bocal, s'accordaient soudainement vers midi et quart chaque jour de la semaine en cet endroit précis. De la cacophonie émergeait lentement un ordre et un rythme unique donnant un spectacle invraisemblable pour le plus grand bonheur du reste des villageois. L'entrée resta toujours gratuite, pour ne pas transformer les simples en phénomènes de foires. Nous assistâmes par la suite chaque année à une représentation et ce, jusqu'à ce que le dernier membre vivant du groupe décède au milieu d'un solo de bruits incongrus.
Mon étonnement s'accrut sans cesse à mesure qu'elle me dévoila les multiples destinations qui, reliées l'une à l'autre sur sa carte par un gros trait, composaient la ligne directrice de ce voyage. Jamais d'autoroutes, peu de grandes villes, beaucoup de campagnes, quelques forêts, des villages de pêcheurs, des villages de bûcherons, un village fantôme, un zoo, des ponts de fer, des ponts de pierre et des ponts de bois, un désert, une chaîne de montagne aux sommets blancs toute l'année, un champ de geysers, un glacier, une caverne avec des ombres sur le mur, mon pied sur la pédale des gaz, sa main dans ma main, les nuages qui défilaient paresseusement, l'un ressemblait à un alligator ou à une arbalète, l'autre évoquait les chapeaux de Cadet Rousselle ou ses trois chats.
À suivre...
5.8.10
L'adieu
Les dernières tulipes meurent près de la grande balançoire sur laquelle oscille lentement le couple enlacé. Leurs visages sont tristes et graves. Le vent balaye les champs et soulève cendres et poussières.
- Pourquoi dois-tu partir?
- Mon pays m'y oblige, je suis désolé.
- Reste avec moi. S'il-te-plaît, je t'en supplie.
- Je ne peux pas. La Loi est claire, impossible à contourner.
- On te cacherais dans le foin de la grange. Je t'apporterais du lait le matin. Un morceau de viande le soir. Parfois un morceau de tarte aux bleuets.
- On finirait par l'apprendre. Quelqu'un me dénoncerait. Les mères de tes voisins ne supporteraient pas de savoir leurs fils partis et moi dans le foin. Ce serait trop injuste.
- Et si on allait vivre dans les bois? Au camp de chasse de mon père, près du Lac du Loup. Tu pêcherais de la truite à l'aube et je la ferais cuire avec les champignons que j'irais cueillir.
- Ce serait le plus bel été de ma vie. Mais l'hiver? Le froid nous tuerait.
- Tu te feras tuer aussi si tu pars!!
- ...
- ...
- Peut-être que oui, peut-être que non. Ce qui compte, c'est que toi, tu sois en vie. Si je restais, je finirais en prison. Exécuté au final, du plomb dans le coeur.
- Si dans tous les cas tu meurs, ne veux-tu pas le faire avec moi. Il y aurait la lumière dans les feuilles d'automne, nous nagerions dans le Lac du Loup. Puis le froid viendrait en décembre et nous nous coucherions dans la neige, ensemble, pour toujours.
- Ce serait certainement la plus belle des morts. Pourtant, j'aurais honte. Tous ceux que je connais partent. Qui suis-je pour me défiler?
- Et qui sont-ils pour imposer une telle chose aux gens?
- Cela semble cruel en effet... mais qu'arriverait-il si tout le monde se cachait dans les bois et les granges?
- ...
- ...
- Nous pourrions quitter la ville, la région, le pays. Nous irions nous réfugier en Scandinavie. Nous habiterions un petit appartement à Copenhague, ou à Uppsala. On boirait des cafés «latte» toute la journée et nous mangerions du hareng cru en sauce. L'été il ferai clair toujours, et les nuits d'hiver seraient interminables.
- Tu sais que je souhaite souvent que nos nuit ne se terminent pas. Tu sais très bien aussi que même en Scandinavie les hommes comme moi sont également recrutés. De toute façon nous serions interceptés à nos frontières. Plus personne n'entre ou ne sort désormais.
- Je ne veux pas que nous soyons séparés. Tu me manquerais trop, je ne le supporterais pas!
- Ne dis pas de telles choses!
- Emmène-moi avec toi! Je me déguiserai en homme, je parlerai avec une grosse voix, je serai rude et sans manières. Je ne me plaindrai jamais.
- Ça suffit! C'est trop dangereux. Tu ne peux pas imaginer les périls que ce voyage représente. Arrête de te torturer l'esprit. Tu sais que je dois le faire, que c'est la dernière juste cause de l'humanité. Je dois partir. Adieu. Je t'aime.
La trente-deuxième et dernière flotte de vaisseaux quitta la Terre le 8 septembre. Il était à bord. Ils ne se revirent jamais.
- Pourquoi dois-tu partir?
- Mon pays m'y oblige, je suis désolé.
- Reste avec moi. S'il-te-plaît, je t'en supplie.
- Je ne peux pas. La Loi est claire, impossible à contourner.
- On te cacherais dans le foin de la grange. Je t'apporterais du lait le matin. Un morceau de viande le soir. Parfois un morceau de tarte aux bleuets.
- On finirait par l'apprendre. Quelqu'un me dénoncerait. Les mères de tes voisins ne supporteraient pas de savoir leurs fils partis et moi dans le foin. Ce serait trop injuste.
- Et si on allait vivre dans les bois? Au camp de chasse de mon père, près du Lac du Loup. Tu pêcherais de la truite à l'aube et je la ferais cuire avec les champignons que j'irais cueillir.
- Ce serait le plus bel été de ma vie. Mais l'hiver? Le froid nous tuerait.
- Tu te feras tuer aussi si tu pars!!
- ...
- ...
- Peut-être que oui, peut-être que non. Ce qui compte, c'est que toi, tu sois en vie. Si je restais, je finirais en prison. Exécuté au final, du plomb dans le coeur.
- Si dans tous les cas tu meurs, ne veux-tu pas le faire avec moi. Il y aurait la lumière dans les feuilles d'automne, nous nagerions dans le Lac du Loup. Puis le froid viendrait en décembre et nous nous coucherions dans la neige, ensemble, pour toujours.
- Ce serait certainement la plus belle des morts. Pourtant, j'aurais honte. Tous ceux que je connais partent. Qui suis-je pour me défiler?
- Et qui sont-ils pour imposer une telle chose aux gens?
- Cela semble cruel en effet... mais qu'arriverait-il si tout le monde se cachait dans les bois et les granges?
- ...
- ...
- Nous pourrions quitter la ville, la région, le pays. Nous irions nous réfugier en Scandinavie. Nous habiterions un petit appartement à Copenhague, ou à Uppsala. On boirait des cafés «latte» toute la journée et nous mangerions du hareng cru en sauce. L'été il ferai clair toujours, et les nuits d'hiver seraient interminables.
- Tu sais que je souhaite souvent que nos nuit ne se terminent pas. Tu sais très bien aussi que même en Scandinavie les hommes comme moi sont également recrutés. De toute façon nous serions interceptés à nos frontières. Plus personne n'entre ou ne sort désormais.
- Je ne veux pas que nous soyons séparés. Tu me manquerais trop, je ne le supporterais pas!
- Ne dis pas de telles choses!
- Emmène-moi avec toi! Je me déguiserai en homme, je parlerai avec une grosse voix, je serai rude et sans manières. Je ne me plaindrai jamais.
- Ça suffit! C'est trop dangereux. Tu ne peux pas imaginer les périls que ce voyage représente. Arrête de te torturer l'esprit. Tu sais que je dois le faire, que c'est la dernière juste cause de l'humanité. Je dois partir. Adieu. Je t'aime.
La trente-deuxième et dernière flotte de vaisseaux quitta la Terre le 8 septembre. Il était à bord. Ils ne se revirent jamais.
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