8.7.10

Le choix

Le front contre la vitre, il observe la bruine du jour gris. L'oeil morne, le dos courbé.
Le bruit du téléphone retentit. Il laisse sonner.

Elle ferme son portable. Il ne répond pas. Il ne répondra plus. Elle a gagné.
Un coup de vent retourne son parapluie. Elle le jette dans une poubelle alors que ses talons hauts claquent sur les marches qui descendent à la station de métro.

Un vagabond sort de sous un porche de l'église. S'avance, ramasse l'objet, le remet à l'endroit puis rejoint son abri. Satisfait, il débouche une canette qu'il vide de moitié en une gorgée. La condensation sur le cylindre rend le métal glissant, les doigts gourds échappent le contenant qui déverse le reste du liquide sur les pavés inégaux et crasseux.

La sombre silhouette longeant le mur s'écarte vivement pour éviter l'ivrogne rampant. Long manteau noir, chapeau incliné sur les yeux, les mains dans les poches, l'ombre traverse la rue d'un pas égal et s'engouffre ensuite dans un immeuble à logements décrépit.

La vieille sur sa berçante, concentrée sur un tricot confus, entend vaguement les pas dans le couloir, relève la tête au son de la porte du voisin qu'on fracasse d'un coup de botte expert et se demande si son appareil auditif déraille lorsque deux coups de feux claquent.

La porte arrachée de ses gonds ne lui soutire même pas un tressaillement. C'est une cible immobile et indifférente que deux balles de neuf millimètres traversent éclatant au passage sa cervelle et le verre de la fenêtre ensuite.

(à suivre)