Mais là où je veux vraiment en venir c'est à un instant précis, une quinzaine de minutes avant ladite réunion. Dans ces résidences, je suis la minorité culturelle. Sur mon étage, je vis avec 15 Danois(es) et une autre personne du Canada (qui est pratiquement invisible jusqu'à présent).
C'était donc 15 minutes avant la réunion. Mon repas terminé je regardais tranquillement la télévision dans le salon communautaire qui est également la salle a manger communautaire et la cuisine communautaire. C'est une très grande pièce.
Et j'étais là, et j'en profitais pour observer ces jeunes de mon âge, qui vivent sur un autre continent et qui préparent un souper ensemble, et qui s'assoient ensemble à la table, et elle lui passe le sel, et il la remercie. Et ils parlent et ils rient, ils plaisantent, semblent heureux. Et je les observe, je ne comprends rien à ce qu'ils disent, mais en même temps je comprends tout ce qu'ils disent, parce que ce souper je l'ai déjà vécu plusieurs fois chez moi, à des milliers de kilomètres de là, et passes-moi le sel s'il-te-plaît, mais certainement, merci, et tu connais l'histoire du gars qui etc...
Je me demandais pourquoi un échange étudiant? Je crois qu'à cet instant, environs 15 minutes avant la réunion d'étage, avec ces jeunes de mon âge d'un autre continent qui rigolaient, j'ai aperçu une partie de la réponse. J'ai soudain eu la certitude que je pouvais avoir confiance en l'avenir, qu'à plusieurs autres endroits dans le monde, à cet instant précis, d'autres personnes s'attablaient avec un éclat de rire. Ça voulait dire que, malgré toute la folie qui transpire dans les médias, partout dans le monde il y a des gens comme moi qui aiment souper avec leur famille et leurs amis en paix, simplement et joyeusement, et que je pouvais avoir confiance en eux. Confiance en moi.