La voyez-vous? Juste là, au centre de votre champ de vision. Projetée à une allure folle sur une ellipse serrée, à quelques dizaines d'années lumières de vous. Elle tourne, innocente, autour d'un petit soleil rouge.
Ellle, d'un côté brûlante, de l'autre glacée. Le miracle existe peut-être dans les marges tempérées. Deux gradients d'énergie, deux demi cercles jumeaux qui offrent cet éventail infini de températures propices.
Lui, petit nain immortel, teigneux à souhait, il la bombarde de ses rayons. Il joue également le rôle infâme de geôlier. Emprisonnant dans sa poigne toutes celles qui commirent l'imprudence de l'approcher.
Ils se font face sans fléchir, dans un synchronisme parfait, se mesurent en tournant l'un autour de l'autre. Le duel éclipse le temps et l'espace. Si vous les voyez, vous ne serez jamais que spectateurs.
La voyez-vous? Cette sphère impossible, symbole de l'infini, qui transforme d'un coup votre orgueil démesuré en poussière. Soudainement ridicules et mesquins, affligés de microscopisme.
30.9.10
27.9.10
Hors-série (2)
I1 est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
- Nicolas Boileau (1636-1711)
Quand les mots ne viennent pas...
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse :
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
- Nicolas Boileau (1636-1711)
Quand les mots ne viennent pas...
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